Le jazz

Aux sources du jazz

Généralement on attribue la naissance du jazz aux chants des esclaves noirs (chants dans les plantations, complaintes, chants religieux) qui ont conduit au « blues », au « negro-spiritual » et au « gospel ». Il semble que cela soit plus complexe. L’influence des Amérindiens (origine asiatique confirmée très récemment) et des colons européens est aussi à intégrer dans l’évolution de la musique afro américaine.

L’origine d’une autre composante du jazz, le « ragtime », confirme ces sources différentes. Le principe de cette musique est l’accentuation d’un temps faible avec prolongement sur le temps fort, dans un rythme syncopé. On incorpora ce style dans la valse, la marche et d’autres types de musique.

Les premières compositions de ce type de musique n’échappent pas à la difficulté d’en donner la paternité.

Le premier morceau publié est attribué à William Henry Krell en 1897 et avait pour titre « Mississippi rag ».

Mais ce premier morceau est aussi attribué à Benjamin Robertson Harney (Ben Harney) en 1895 sous le titre « You've Been a Good Old Wagon but You Done Broke Down ».

Celui qui popularisa ce genre de musique semble être sans contestation, Scott Joplin. A la suite de « Original rags », son titre qui fut mondialement diffusé est : « Maple Leaf Rag ».

Nous connaissons cette musique, sans le savoir peut-être, puisqu’elle accompagnait certains films dits « muets » du début du XXe siècle.

Claude Bolling est reconnu pour être un bon interprète du ragtime dont le « Mississippi rag ».

http://www.youtube.com/watch?v=kkchAEetKX0&feature=kp

Voici les liens pour « You've Been a Good Old Wagon but You Done Broke Down » et « Maple Leaf Rag ».

http://www.youtube.com/watch?v=YKq3hxvPxlE

http://www.youtube.com/watch?v=pMAtL7n_-rc

Tableau récapitulatif des principales évolutions

1900 Blues, ragtime New Orleans

1900

1920

  Jazz in Chicago

1920

1940

Rythm'n'blues Swing

1940

1960

Rock'n'roll

Bebop

Cool

Hard bop

1960

1980

Rock

Pop music

Free jazz

1980

2000

Funk Soul Hip hop

New swing

Jazz rock

Jazz fusion

 Après les sources du jazz  les articles qui vont suivre essaieront de suivre la chronologie du développement de ce style de musique.

Le jazz New Orleans

La Nouvelle Orléans: patrie du jazz New Orleans dans les années 1910.

Dans plusieurs quartiers dont celui de Storyville (quartier où régnait la prostitution), parmi les bars, dancings, saloons et bordels, se développèrent des ensembles musicaux avec des reprises de musique européenne dont certaines furent mises à la « sauce des Noirs », c'est-à-dire avec des rythmes syncopés.

A la même époque, des fanfares noires (marching bands) se produisaient lors des funérailles mais aussi lors de défilés, bals ou évènements publics.

Ces groupes se composaient de cuivres, instruments à anches et batterie.

D’abord musique à 2 temps elle passa ensuite à 4 temps.

Ce style de musique favorisa le développement d’une danse bien connue aujourd’hui : les claquettes.

Paradoxalement, c’est vers Chicago que se développa le style « New Orleans ». En effet en 1917, le gouvernement décida la fermeture de Storyville et les musiciens émigrèrent vers le Nord.

C’est aussi à cette période que se créèrent les ensembles Blancs (appelés Dixieland) et ce fut l’Original Dixieland Jass Band qui enregistra, en 1917, le disque considéré comme le premier disque célébrant la naissance du jazz: le  Livery Stable Blues. Les interprètes étaient : Larry Shields (clarinette), Eddie Edwards (trombone), Henry Ragas (piano), Tony Sbarbaro (batterie) et Nick LaRocca (cornet).

Pour écouter le morceauhttp://www.youtube.com/watch?v=5WojNaU4-kI

 

Remarque: Pourquoi orchestres Noirs et orchestres Blancs?

A la fin du 19ième siècle les lois Jim Crow avaient durci la ségrégation raciale en Louisiane et les Noirs ne pouvaient pas jouer avec les Blancs. Les Noirs ne pouvaient pas nom plus être des héros dans les films. En 1927, le premier film consacré au jazz, « Le chanteur de jazz » (The Jazz singer) eut pour interprète un Blanc grimé (Al Jolson).

 

Parmi les interprètes de cette époque, ceux qui ont le plus marqué leur passage furent Scott Joplin, Louis Armstrong et Jelly Roll Morton.

Ecouter Docteur Jazz de Jelly Roll Morton :  http://www.youtube.com/watch?v=HTYAaX7lqjQ

Quant à l’origine (ou étymologie) du mot « jazz », rien n’est défini. Parmi les propositions les plus courantes, il y a:

            - Un mot d’argot (jizz) qui exprime l’énergie avec une connotation sexuelle.

            - Le verbe français « jaser »: discuter avec plus ou moins de médisance.

            - Le jasmin du parfum des prostituées.

 

Le swing

 

 

L’ère du swing (1930 à 1945 environ)

Le swing fait suite au krach boursier de 1929. Sur le plan de la technique musicale, le swing (balancement, balançoire) est associé à la danse et se joue sur des mesures à deux temps ou quatre temps dans lesquelles on va accentuer les temps faibles et modifier les croches pour aller vers un triolet. Cette technique est difficile à expliquer car elle se fait plus sur un « ressenti »  que sur une notation. Ces modifications sont plus ou moins perceptibles selon le tempo. Le rythm’n’ blues est associé à cette période. Il est issu bien sûr du blues mais aussi influencé par le gospel, le swing et le boogie-woogie.

Le swing, c’est aussi l’ère des big bands qui font suite aux groupes (bands) des années 20 et où on retrouve la ségrégation qui jalonne toute l’histoire du jazz aux USA. L’un des plus reconnus au début de la période est celui de Fletcher Henderson (blanc) qui structura son orchestre (différentes sections avec rythme et mélodie, ensemble par exemple de cuivres avec soprano, alto, baryton)  et fit appel à un arrangeur pour répartir les rôles. Semblant être une organisation de musique collective, le swing permit aux solistes de se faire connaître et permit aussi de développer l’improvisation. On y trouvait également des chanteurs et chanteuses. Ces orchestres étaient bien évidemment diriger par un chef d’orchestre qui donnait généralement son nom au groupe. Ces big bands ont évolué au cours des années.

Voici quelques noms bien connus :

Count Basie, Duke Ellington, Glenn Miller, Benny Goodman, Cab Calloway

Ci-dessous deux liens vers des vidéos, l’un vers un morceau célèbre de Goodman (Sing sing sing) et l’autre vers des extraits de big bands.

http://www.dailymotion.com/video/k5idY45YlbHxx43poLF

https://www.youtube.com/watch?v=WGq-eCoPSwA

Le swing (suite)

Le style du jazz swing, fait pour la danse, semblait trop académique pour certains musiciens. Une fois leur prestation terminée, ils se rassemblaient en petits groupes et produisaient un style plus rythmé, plus rapide, plus riche en harmonies avec un phrasé asymétrique. Les grilles s’enrichirent avec des accords de substitution, altérés ou de passage.

Les formations ne se composent plus que de quatre ou cinq musiciens.

Pour la batterie, c’est la charleston qui donnera le tempo alors que la grosse caisse soulignera la mélodie. Le jeu du batteur se fera plus sur les cymbales et la caisse claire.

Le pianiste utilise plus la main droite et la contrebasse tient une place importante.

Un rythme plus syncopé est donné par les instruments à vent (saxophone, trompette).

Si le thème est joué par tous, les grilles intermédiaires sont improvisées et rapprochent ce style de musique de « l’art ».

 Le style bebop qui naît dans le milieu des années 40, est peut-être aussi la conséquence d’une volonté d’empêcher les blancs de « récupérer » la musique des noirs.

A l’origine de ce mouvement, on citera le saxophoniste Charlie Parker dit « Bird », Monk et Powell (pianistes) ou Dizzy Gillespie (trompettiste).

Ce style est toujours joué de nos jours et il a évolué dans les années 50. Ce sera l’objet de la suite de cette histoire.

Voici deux liens pour avoir une idée de ce style:

D’abord Dizzy Gillespie :

http://www.youtube.com/watch?v=09BB1pci8_o

Et Charlie Parker :

http://www.youtube.com/watch?v=YZYaSkhRhoE

(à suivre)

 

Dans la période du bebop

Le jazz manouche ou gitan

Petit retour en arrière avec un jazz développé surtout par deux  grands musiciens: Django Reinhardt à la guitare et Stéphane Grapelli au violon. Il s’agit du jazz « manouche » qui connut un grand succès du milieu des années 30 aux années 50 et qui a connu un « renouveau » dans les années 70 et 80. C’est un jazz au rythme entraînant, avec un orchestre réduit aux guitare(s), contrebasse et violon(s). Plus récemment ce jazz a de nouveaux représentants avec Angelo Debarre, Biréli Lagrène, la famille Ferret, Christian Escoudé, le famille Rosenberg, etc …

Voici un lien permettant d'écouter Django Reinhardt

https://www.youtube.com/watch?v=Ua-MWLJvGvM

Le mainstream

Vers la fin de la période du bebop, d’anciens jazzmen, « les vétérans », ont tenu à revenir aux bases du swing tout en respectant l’évolution du bebop. Ce courant se nomme « Mainstream » et ses principaux acteurs sont Coleman Hawkins, Count Basie ou Duke Ellington. Ce mouvement eut sa période pendant une dizaine d’années avant d’être de nouveau prisé par des musiciens comme Scott Hamilton ou Ruby Braff dans les années 70.

Le vocalese

Le style « vocalese » à la différence du scat qui se compose d’onomatopées, se propose de mettre en œuvre des phrases compréhensibles en adéquation avec la mélodie. Exercice difficile qui eut du mal à se faire connaître.

Il fut développé entre autre par Eddie Jefferson, Dave Lambert ou Jon Hendricks.

Voici un lien pour écouter "Gimme that wine" de Jon Hendricks

https://www.youtube.com/watch?v=Izin4asq_fE

 

 

Vers le free jazz

 

Suite d'une petite histoire du jazz (voir Le jazz) l

 

A la suite des styles mentionnés précédemment, il faudrait parler du free jazz mais on ne peut pas ignorer plusieurs tendances qui ont servi de transition. Tout d’abord le cool jazz et le hard bop.

 

Le cool jazz

Le premier est plutôt une adaptation du Swing et du Bop au jazz moderne. Ce mouvement venu de la côte ouest (Californie), principalement joué par des blancs, était surnommé « West Coast Jazz ». Miles Davis l’exploita dans son album :  Birth of the cool

Envie d'entendre?  

https://www.youtube.com/watch?v=v8kjOpfMBbM

 

Le hard bop

 

Le deuxième vient du fait que les jazzmen de la côte est, principalement des noirs, souhaitaient un jazz plus vivant. C’est ce qu’ils vont obtenir en adaptant un mélange de blues et de gospel au style Bop. La rythmique et un tempo plus lent démarquent ce mouvement. Généralement, l’orchestre est un quintette.

Sur le plan social, c’était aussi une manière d’insister sur le problème de la ségrégation.

Les principaux artisans de ce hard bop sont :

Max Roach, Sonny Rollins, Art Blakey, Horace Silver, Miles Davis, John Coltrane, Philly Joe Jones, Roy Haynes et Wes Montgomery

Qu'est-ce?

 

https://www.youtube.com/watch?v=aj-5Y4W_ass

 

Le jazz modal

Cette envie de trouver autre chose, d’élargir le champ d’investigation va conduire à un style particulier appelé « jazz modal ».

Alors que presque toutes les successions d’accords avaient été étudiées, des musiciens comme Miles Davis et John Coltrane firent des essais sur les modes de musique grecs. C’est dans Kind of Blue de Miles Davis que l’on trouve l’illustration de ce type de jazz.

Le nombre d’accords va généralement de deux à quatre.

Vous connaissez bien sûr!

https://www.youtube.com/watch?v=2Yp3WPBMTTE

 

Le free jazz

Le jazz avant-garde ou free-jazz, fait suite au bebop, hard bop et au modal, et se caractérise par une libération de la structure communément adoptée. (liberté dans l’harmonie et le rythme)

Dans les différents essais musicaux tentés dans le passé, certains musiciens s’étaient déjà libérés en partie des contraintes d’accords et de tempo  comme par exemple Lennie Tristano (Intuition and digression)1949.

https://www.youtube.com/watch?v=NlrfIA8ADJ8

 

C’est sous l’impulsion d’Ornette Coleman et de Cecil Taylor que ce style de musique va naître vers le début des années « soixante ».

C’est d’ailleurs le titre d’un disque de Coleman, « Free jazz : A collective improvisation », qui donnera son nom au mouvement musical. (disparition de la grille harmonique). En fait, l’improvisation est un des éléments importants de ce style qui fut tant décrié à son époque puisqu’il rompait avec « la norme ».

https://www.youtube.com/watch?v=xbZIiom9rDA

On pouvait y voir un manque de connaissances musicales, un manque de maîtrise technique ou une provocation.

Cette « provocation » avait été mal analysée car il s’agissait surtout de se démarquer de la musique commerciale liée au jazz et d’affirmer une culture noire, une identité noire.

D’autres musiciens ont contribué au développement du free-jazz par un travail de recherche et d’innovation comme Eric Dolphy, John Coltrane, Albert Ayler, Sun Ra, Giuffre-Bley-Swallow puis Brötzmann et Gayle.

https://www.youtube.com/watch?v=ai2gC-23adE

Finalement, ce style peu apprécié à ses débuts influença et influence encore les autres mouvements liés au jazz.

 

(à suivre)

Certaines stations "radio" vous proposent un bon choix comme TSF Jazz et Jazz Radio.

Date de dernière mise à jour : 2016-02-22 08:58:39

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