Le Tour du Saint Cordon

Le tour du Saint Cordon

Chaque année, au début du mois de septembre, a lieu un pélerinage particulier à Valenciennes. Les fidèles font une procession autour de Valenciennes, en chantant des cantiques et accompagnés par la Fanfare d'Haspres. Voici brièvement résumé les origines de cette tradition dont les sources sont puisées essentiellement dans le livre du chanoine Lancelin: Notrs-Dame du Saint Cordon.

Un évènement religieux considérable

Il faut d’abord se placer dans le contexte. Durant le Moyen -Âge et même après cette période, les conditions d’hygiène étaient déplorables, il n’y avait pas d’évacuation de l’eau domestique, pas de médicaments adaptés aux différentes pathologies et l’alimentation n’était ni riche ni équilibrée. Que dire de l’eau qui aurait pu servir à s’hydrater ! Le terrain était propice au développement des maladies.

La peste est une de ces maladies qui sévissaient à l’époque et qui effrayaient toute la population. Pas de remèdes. Il fallait éviter de sortir, d’être en contact avec les gens et pour le reste, prier. Parfois, on faisait des processions mais c’était aller à l’encontre des dispositions de bon sens. La maladie finissait par disparaître et on remerciait ceux que l’on avait priés !

Or, il arriva en l’an 1008, un évènement très particulier lors d’une épidémie de peste. Voici le texte paru dans le livre du chanoine Lancelin : Notre Dame du Saint Cordon.

L’histoire de l’apparition de la Vierge est racontée dans le bréviaire, ainsi qu’il suit, à la date du 9 septembre.

« Aujourd’hui à Valenciennes, on honore le souvenir du prodige insigne par lequel, suivant la tradition, la Vierge, Mère de Dieu, a délivré cette ville de la peste. L’horrible fléau avait déjà enlevé sept à huit mille personnes et aucun espoir de remède n’apparaissait, quand la bienheureuse Mère apparut à un dévot ermite, qui passait la nuit en prières, et lui promit que la contagion allait bientôt cesser. Que l’on ordonnât un jeune public et des prières solennelles, et l’on verrait, la nuit qui précède la Nativité de la Vierge, des choses merveilleuses.

Alors donc  que, durant la nuit indiquée, les habitants veillaient et priaient, soudain, au milieu d’épaisses ténèbres, la Vierge, Mère de Dieu, entourée d’une lumière éclatante et accompagnée de phalanges de bienheureux, fit aux yeux de tous le tour de la ville et l’entoura d’un fil ou cordon.

Ensuite, elle se montra de nouveau à l’anachorète pour lui ordonner que, le jour de la Nativité, le clergé et le peuple tout entier, suivant les traces du cordon, fissent, chaque année dans la campagne, le tour de la ville en récitant des prières.

Cela fait, la peste disparut. Et, pour garder le souvenir de cette délivrance, les Valenciennois conservaient le cordon comme une précieuse relique dans l’église de Notre-Dame-la-Grande. »

D’Oultreman confirme par un double récit au 17ième siècle, cette apparition mais il ne précise pas ses sources.

L’ermite dont il est question se nommait Bertholin et son nom fut donné à une cloche de la Basilique de Valenciennes.Baptisée le 28 juin, elle fut montée dans le clocher le 1er juillet. Elle a été fondue à Villedieu les Poëles et pèse 1,4 t.

 

La relique engendra rapidement une rivalité entre les deux principales églises de Valenciennes de l’époque : la plus ancienne, s’appelait Notre-Dame de la Chaussée et la seconde Notre-Dame-la-Grande dans laquelle fut conservée la relique du Saint Cordon, jusqu’à la Révolution, époque à laquelle elle disparut.

 

La procession

Toujours selon le livre du chanoine Lancelin ( Notre Dame du Saint Cordon), les comptes les plus anciens concernant cette procession, remontent à 1347, d’après les archives municipales de Valenciennes. (voir Mémoires sur la procession de Valenciennes 1908 de M. Bauchond)

La procession a un large crédit ouvert au budget municipal. Cette même année y figurent les sommes que l’on paie aux religieux, les frères de Saint Pol, les frères mineurs, les pères carmes, aux prévôts et aux jurés, aux hommes de service, pour leur participation à la procession, et même à  Demoiselle Maigne de Rieu pour un sestier de vin donné par ordre du prévost et des jurés à plusieurs indigents, le jour de la procession.

Les mêmes dépenses y figurent en 1379. Cette fois les frères prêcheurs sont associés avec les autres religieux, cinquante-deux arbalétriers et quarante-quatre archers y reçoivent un salaire pour avoir pris part à la procession et être allés au tour avec les fiertes (châsses) et les bonnes gens de la ville.

La fierte de la glorieuse Vierge Marie bénéficie d’un privilège que n’ont pas les autres châsses. Le jour de la procession, tandis que tous les autres reliquaires s’arrêtent à la porte de Famars et ne franchissent pas les murs de la ville, la châsse de la glorieuse Vierge Marie, ou des Royés, sort pour le grand tour, portée par quatre confrères qui marchaient pieds nus.

Les Royés ou Rayés forment une confrérie qui veillent à la relique du Saint Cordon. Ce nom viendrait des raies qui ornaient le costume qu’ils portaient à la procession. Les Royés respectent un règlement qui a évolué avec le temps. Trois chartes ont régi la confrérie: 1380 (reconduite en 1392), 1523 et 1745. Une autre confrérie, celle des Damoiseaux, avait vu le jour. Ils avaient leur chapelle, du nom de Notre-Dame des Miracles, à l’intérieur de Notre-Dame-la-Grande. La confrérie disparut un peu avant la Révolution alors que celle des Royés durera jusqu’à la Révolution. Après le Concordat, ce seront d’anciens Royés qui rétabliront la procession et le culte de Notre-Dame du Saint Cordon. C’est aussi à cette époque que l’église Notre-Dame-la-Grande, endommagée par les bombardements de 1793 et 1794, fut vendue et détruite.

La châsse du Saint Cordon avait été ouverte et visitée en 1392, 1531 et 1566. La reconnaissance des reliques avait été faite par des prélats, en présence des notables et des Royés. Les procès-verbaux de ces inventaires avaient été signés, scellés et enfermés dans la châsse. La châsse fut encore ouverte plusieurs fois par la suite mais dans la période trouble de la Révolution, les églises furent dépouillées d’une partie de leur mobilier et le Cordon disparut.

ndsc.jpg

 

Le retour de la procession

(texte extrait du livre du chanoine Lancelin)

La Révolution avait donc interrompu, dès l’année 1794, le tour officiel du Saint-Cordon, mais elle était loin d’en avoir aboli le souvenir.

Avec le Concordat, en 1802, trois nouvelles paroisses s’étaient formées à l’intérieur de la ville, dans les trois cantons, et elles avaient pris, bien que la nouvelle division ne répondît en rien au passé, les anciennes dénominations de Saint-Géry, de Saint-Nicolas, de Notre-Dame. Cette dernière paroisse, en raison de son titre, hérita tout de suite, malgré des contestations inévitables, des traditions de Notre-Dame-la-Grande, et dès 1804, on annonce qu’en raison de la puissante protection dont la sainte Vierge entoura Valenciennes, la procession est rétablie. Mais la Nativité de la Sainte Vierge devant être, selon le Concordat, solennisée le dimanche le plus proche du 8 septembre, on célébra cette fête dimanche prochain, 9 dudit mois, en l’église Notre Dame, à qui la fête est assignée, comme fête patronale. La messe sera chantée à 7 heures et demie, on fera ensuite la procession générale avec  une seule image de la sainte Vierge, dans l’ordre suivant.

Cette procession sortira de l’église Notre-Dame à 9 heures précises, marchera sur le rempart de la porte de Cambrai, sur la droite, fera le tour de la ville et descendra à la même porte sur la gauche, d’où elle retournera à la paroisse.

Qu’était cette nouvelle église Notre-Dame? Un arrêté de germinal an X (mars 1802) avait mis à la disposition de la municipalité les anciennes églises des récollets, des jésuites et des carmes. Les seules restées debout. Les deux premières étaient devenues les églises de Saint-Géry et de Saint-Nicolas ; mais celle des carmes, se trouvant en dehors du territoire de la nouvelle paroisse Notre-Dame, ne pouvait être affectée au service de cette paroisse.

L’église des carmes fut donc cédée à l’administration des hospices qui occupait déjà le couvent qui y était adjoint, et en échange la paroisse Notre-Dame reçut, à titre provisoire, la vaste salle d’un hospice fondé en 1430. On s’y installa le moins mal possible, et on se consola de la pauvreté et de la nudité du nouveau sanctuaire par l’espoir qu’il cèderait bientôt la place à une église neuve. Il fallait cependant attendre jusqu’en 1864.

Telle qu’elle était, l’église de 1802 vit bientôt refleurir la dévotion à Notre-Dame du Saint Cordon. Le titre de « Notre-Dame du Saint Cordon » n’était pas nouveau, mais l’ancienne fierte ayant disparu, il fallait bien que l’on suppléât à la relique du Saint Cordon.

 

Cette procession prit un caractère particulier en 2008 puisqu’on fêta le Millénaire du Saint Cordon.

 rec-vers.jpg

Les cantiques

Lors de la procession, plusieurs cantiques sont repris. Celui dédié actuellement à Notre-Dame du Saint Cordon est le « Gardez-nous bien ».

Selon un article paru dans la presse il y a quelques décennies et signé A. Mabille de Poncheville, voici le cantique chanté au temps de Fénelon :

Le doux souvenir de la grâce

Que la Mère de Jésus-Christ

Fit aux auteurs de votre race,

Chômez, mais d'un zèle tout saint,

Chômez, bourgeois de Valenciennes,

Ce jour qui tous les ans nous peint

L'ombre des grâces anciennes.

 

Au XIX e siècle, les cantiques d’Albert Carlier entrainèrent plus d’une génération à marcher d’un pas alerte derrière la Madonne :

Reine des cieux, ô Vierge tutélaire,

Nous implorons votre nom, votre grandeur,

Entourez-nous d'un cordon salutaire,

Gardez nos pas, gardez nos cœurs.

 

Emile Carlier, neveu du précédent, composa des couplets supplémentaires, lors de la première guerre mondiale.

En l'an 1008, tu sauvas Valenciennes,

Tu la comblas de faveurs et de dons,

Pour te prier comme aux fêtes anciennes,

Ramène-nous, Vierge du Saint-Cordon.

Mais s'il fallait, pour sauver la patrie,

Pour obtenir sa grâce et on pardon.

Donner à Dieu, notre sang, notre vie,

Offre-les lui, Vierge du Saint-Cordon.

 

L’église Notre-Dame du Saint Cordon

(extraits du livre)

L’église provisoire servait déjà depuis plus de trente ans, sans qu’aucune démarche officielle n’ait été faite pour solliciter l’érection d’une église définitive.

……

Nommé en 1832, à l’âge de trente-neuf ans, à la cure de Saint-Nicolas, M.Picque fut transféré à Notre-Dame trois ans après, et l’un des premiers actes de son ministère, fut d’ouvrir une pétition, adressée au conseil municipal, à l’effet d’obtenir un terrain pour y bâtir la nouvelle église.

 

Le conseil municipal approuvait la démarche mais n’avait pas de ressources. Il proposa l’emplacement de la Place Verte où se trouvait  autrefois l’église Saint-Nicolas. Mais ce projet fut abandonné.

Après maintes tracasseries et une souscription, le chantier débuta là où se trouve la Basilique, le 24 mai 1852, soit 17 ans après le vœu de M.Picque. La municipalité participa financièrement à plusieurs reprises. Le nouveau sanctuaire fut consacré le 4 mai 1864.

                                                                       La basilique Notre-Dame du saint Cordonbasilique.jpg

 

Le couronnement

En 1894, Mgr Sannois, le nouvel archevêque de Cambrai, usa de son influence pour obtenir le couronnement de la statue. La solennité du couronnement fut fixée au 7 juin 1897 (Pentecôte).

charb.jpg   couronnementb.jpg

 

L’église Notre-Dame du Saint Cordon érigée en basilique

En 1920, Mgr Chollet, archevêque de Cambrai, s’ouvre de son projet de solliciter l’érection de l’église Notre-Dame du Saint Cordon en basilique.

Les églises peuvent être élevées par Rome à la dignité de basilique, soit simplement, à cause de leur architecture, soit à raison du grand concours des fidèles qu’elles reçoivent ou des souvenirs chrétiens qu’elles rappellent.

Le 5 juillet 1922, par un bref (lettre pontificale), le pape Pie XI accorde l’honneur d’élever au rang de Basilique Mineure, l’église Notre-Dame du Saint Cordon.

Toute basilique doit avoir son blason et son sceau. Le nouveau blason de Notre-Dame unit au pavillon, qui est l’insigne de la basilique, les armes de la ville de Valenciennes, le lion d’or, armé et lampassé d’azur, sur fond de gueule, le tout flanqué de deux cygnes volant en bas et portant à dextre la croix de guerre et à senestre la croix de la Légion d’honneur. En haut, en pointe du chef, le pavillon or et gueule (jaune et blanc) et à l’autre pointe ou extrémité, Bertholin en prière.

Photos prises  ce dimanche 9 septembre, lors du Tour du Saint Cordon.

A droite, l'église Saint Géry qui accueille provisoirement Notre-Dame du Saint Cordon.

ndsc2.jpg  ndsc3.jpg  saint-gery.jpg

Date de dernière mise à jour : 2012-09-10 10:03:40

×