Le beffroi de Valenciennes

Le Beffroi était une marque distinctive, manifeste, de nos chartes communales ; en lui se voyait le symbole des libertés, de l’indépendance de notre cité.

Sentinelle de pierre il veille, La cité

Dort paisible et sans crainte à son ombre fidèle

Si quelque mécréant osait approcher d’elle,

Il aboierait dans l’ombre avec fidélité.

Le beffroi ainsi que la maison communale étaient deux monuments que les habitants d’une ville élevaient comme un témoignage frappant de leurs droits et privilèges. En France, la suppression d’une commune entretenait de fait la suppression de la cloche et parfois celle du beffroi même, ce que fit Charles IV pour la ville de Laon en l’année 1322.

Ce fut notre concitoyenne et Comtesse Jeanne de Constantinople qui, par ses lettres de 1222, donna le terrain pour bastir un Bellefroid. Elevé à l’entrée de la rue de Famars actuelle, il était achevé l’an suivant :

MCCXIII …. et le Beffroi de Valenciennes parfait. (Ancienne chronique du XVème siècle, manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal à Paris).

Plus tard en août 1237, de nouvelles lettres de la même Comtesse firent rebâtir le beffroi sur la Grande Place, presque au bout, entre notre Place du Commerce et notre rue derrière la Tour, là où il domina la ville pendant près de 600 ans (1247-1843), là où : il s’élevait audacieux comme la Liberté aux seins de nos murailles (A. Dubois, essai sur l’institution municipale de Valenciennes, 1841).

Etudions les différentes phases de la longue existence de notre beffroi, revoyons tout son passé.

Bâti entre les années 1327 et 1247 en pierres blanches, extraites et en ville et dans les environs, il était quadrilatère, d’un style ogival, avec une tour arrondie à chacun des angles, une porte percée dans chacune des quatre faces ; il avait cinquante et un mètres de hauteur.

Ce fut en 1542 que l’on construisit quelques maisonnettes autour de ses faces ; elles furent démolies en 1712.

De 1546 à 1557, on exhaussa la tour de sept mètres et on la surmonta d’une girouette au double aigle de Charles Quint, que plus tard on remplaça par le lion de Valenciennes. L’an 1625, on y plaça une horloge à quatre cadrans, la même qui s’y trouvait encore en 1843.

Entre les années 1680 et 1710, on bâtit deux pavillons contre la face principale dans le but d’y ouvrir une bourse au négoce ; puis , en 1712, on dressa quelques petites maisons sur les trois autres côtés, logements qui, encore là lors de l’écroulement de l’édifice, en 1843, seront la cause des accidents si déplorables qui se produisirent. Par cette occasion, on fit une grande réparation à notre beffroi, et le sculpteur valenciennois Gilis (Antoine) y fit les bustes de douze Césars.

De 1810 à 1812 , on supprima les deux pavillons de 1710 que l’on remplaça par un bâtiment carré qui servira de bureau central de l’octroi (1812-1843) et dont l’étage sera le cercle du commerce (1816-1843).

En l’année 1811, notre beffroi eut l’avantage d’être muni d’un paratonnerre, le premier que l’on vit en notre ville, et qui étonna bien des gens.

Enfin, le 8 mars 1837, on ornait sa façade de deux becs de gaz, les premiers en ville.

 

Malheureusement, le 7 avril 1843, à quatre heures et demie du soir, cet antique monument qui avait présidé pendant six siècles à tous les actes de la vie valenciennoise s’écroulait, alors qu’on était en train d’y faire des réparations urgentes, mais hélas !, en faisant sept victimes et six blessés. Les indemnités que la ville dut donner aux familles de ces gens montèrent à 55.000 francs, et Louis Philippe leur envoya 2.000 francs.

Notre beffroi renfermait les cloches municipales à savoir :

1)      La cloche dite du Prévôt, dite du ban, ou blanche cloche, ban cloque, ban cloche, blanche cloce, pesant 9.000 livres ; c’est celle qui depuis 1866 est au clocher de l’église Notre-Dame que l’on nomme à tort Jeanne de Flandre, à moins que par là on veuille rappeler la fondation du beffroi par Jeanne de Constantinople. Cette cloche ne fait entendre sa grosse voix que dans des cas rares et pour des choses civiles.

2)      La cloche des ouvriers, dite la curiande, du poids de 3.800 livres, celle qui depuis 1869 sonne les heures à l’Hôtel de Ville (ces deux cloches dataient de 1358).

3)      La cloche porte ou du couvre feu, indiquant la levée des ponts levis, des portes de la ville et la fermeture de celles-ci, chose qui se fit de 1605 à ces derniers temps ; elle se trouve au clocher de l’église Saint Géry nous signalant les incendies et répétant les heures.

4)      La cloche des incendies.

Tout cela sonnant les heures, les feux, les fêtes, les alarmes, las assemblées, les entrées joyeuses, les exécutions capitales, la foire, l’approche de l’ennemi, l’arrivée de la garnison, enfin tous les évènements de la vie politique et locale.

Un magnifique carillon de vingt-deux cloches existait aussi dans le beffroi ; il réjouissait souvent nos bonnes gens de Valenciennes, nos ancêtres l’avaient connu dès 1377 et nos parents, nos amis, nous même l’entendirent jusqu’à la chute du géant qui les portait.

Toutes les cloches du beffroi formaient un poids total de 60.000 livres dont 24.000 pour le carillon. La vente à l’ancan (vente aux enchères publiques) de 1862 les a dispersées, sauf les trois premières signalées ci-avant, et ce à vil prix puisque avec d’anciens matériaux du beffroi, on n’atteignit que la somme de 20.000 francs.

Là aussi se tenait le guetteur. Un second guetteur était posté au clocher de l’église Saint Nicolas, place Verte, avant la ruine de cet édifice par les bombes autrichiennes en 1793. Ces deux vigies avaient été crées en 1347.

Enfin, signalons les Museux, quatre joueurs de hautbois, qui, placés au balcon du beffroi, récréaient les promeneurs en y donnant des concerts matin et soir. La fondation de cet orchestre remontait à 1428, et la Révolution mit fin à cette institution. Ces quatre artistes étaient payés sur les revenus de quatorze hectares de terre, don fait à la ville et dans ce but, par Jacques Le Vayrier, Echevin, Bourgeois de Valenciennes. L’Etat mit ces terres en vente le 25 mai 1799 au titre de bien de la Nation.

Article paru dans la revue: La chronique valenciennoise en mars 1901avec la signature Zi. Toute référence au temps présent l'est donc par rapport à 1901! Depuis, de nombreux évènements se sont produits.

 

Ci-dessous se trouvent les photos du nouveau beffroi : l’une avec l’hôtel de ville derrière et l’autre avec l’emplacement de l’ancien beffroi. La troisième est la vue du beffroi en 1237 puis 1782 et enfin 1843.

Le nouveau beffroi se trouve près de l'emplacement de l'ancien beffroi. C'est une oeuvre contemporaine en inox, de 45 m de haut et 2,40 m de diamètre. Des mots issus de phrases proposées par les Valenciennois se succèdent dessus en lettres évidées. Il a été inaugré le vendredi 21 décembre 2007.

 

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Un autre beffroi avait vu le jour au centre de la place d'Armes mais il a été retiré lors de la réfection de la place.(voir photo)

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Date de dernière mise à jour : 2012-11-19 12:10:38